Părintele Arsenie Boca -„Cuvinte de mântuire”

Prezentare:

Acest CD cuprinde un specatol de teatru-document în care sunt prezentate fragmente din cărţile Părintelui Arsenie Boca. Fragmentele sunt:

1. Rugăciunea Părintelui Arsenie; 2. Dumnezeu şi Împărăţia Sa; 3. Cunoaşterea de Dumnezeu; 4. Fiul risipitor, 5. Minunea cea mare; 6. Sfânta Liturghie mai ţine lumea, 7. Misiunea preotului, 8. Sfânta jertfă a Domnului, 9. Duhovnicul, 10. Măturisirea şi ispăşirea păcatelor, 11. Taina pocăinţei, 12. Haina de nuntă, 13. Buna Vestire, 14. Necazurile şi Sfânta Spovedanie, 15. Sfânta Împărtăşanie, 16. Rostul încercărilor, 17. Tămăduirea şi iertarea, 18. Glasul lui Dumnezeu, 19. Idealul Iisus, 20. Hristos a Înviat, 21. Biografia Părintelui Arsenie.
Rostirea cuvintelor Părintelui Arsenie Boca: Mihai Bica. Alegerea cuvintelor şi lectura biografiei: Ion-Costin Manoliu.

Muzica: Mănăstirea Lupșa

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O scrisoare inedită a Sfântului Siluan Athonitul (Lettre inédite de saint Silouane de l’Athos) – 1937

Poza Sf. Siluan Athonitul

Lettre inédite de saint Silouane de l’Athos

Lorsque l’archimandrite Sophrony (Sakkharov) entreprit de rassembler la correspondance de son père spirituel, le starets Silouane, il pria tous les correspondants qu’il connaissait de lui confier les originaux tout en gardant pour eux une copie. Ainsi, presque la totalité des manuscrits des lettres de saint Silouane sont à présent en Angleterre, dans les archives du monastère de Saint Jean Baptiste par lui fondé en Essex.

Le père Serge conservait ainsi précieusement dans ses archives les copies que lui léguèrent certains des destinataires. Il faut rappeler qu’au Podvorije des Trois Saints Hiérarques, ainsi que dans les paroisses ou communautés qui en dépendaient directement, on trouvait de nombreux correspondants directs de saint Silouane: le hiéromoine Dimitri (Balfour), l’évêque Benjamin (Fedtchenkov), Nadia Soboleva (future moniale Silouane), le hiéromoine Séraphin (Rodionov, futur métropolite de Zurich), Vera Lavrova (future moniale Geneviève) et Vera Kiparissova (future moniale Anne), Vera Orlova (future mère Théodosie), Kyrill Chévitch (le futur archimandrite Serge)…

Ainsi fut retrouvée la copie de la lettre que le starets avait envoyée Vera Alexeevna Lavrova, plus tard tonsurée moniale Geneviève par le père Sophrony à Sainte Geneviève des Bois, ainsi qu’à une deuxième destinataire dont le nom était aussi Vera, Vera Vassilievna Kiparissova, devenue par la suite moniale Anne. Celle-ci fut tonsurée vraisemblablement par le père Serge et vécut à Vanves, impasse Alexandre.

Les lettres de saint Silouane sont toujours du plus haut intérêt, tant sur le plan historique que spirituel, et nous publions donc ici 1) l’image de cette copie, 2) sa transcription russe et 3) sa traduction française.

  • Français

 

Mai 1937. La lettre que j’ai reçue de p. Silouane.

En réponse a une lettre de moi où je lui demandais de prier pour Vera Vas. Kiparissova et pour moi.

Le Christ est ressuscité!

Vera et Vera ! Que Dieu vous donne de comprendre par l’Esprit Saint que l’âme de l’homme est la fiancée du Christ, et le Christ, son fiancé; que vous pensiez jour et nuit à Son amour et à la douceur de l’esprit du Christ et que vous ne pensiez jamais à des affaires mondaines, même si elles sont nécessaires – acheter ou vendre quelque chose, mais l’âme est si captivée par le Fiancé qu’elle pense à Lui jour et nuit. Voila comment Il est, notre Seigneur ; et Il veut habiter nos âmes ; mais nous pouvons Le perdre aussi à cause du manque d’expérience, mais l’âme languira tellement après Lui, jour et nuit : où T’es Tu caché, ô mon (…[i]), loin de mon âme !

Tu vois, Seigneur, que mon âme languit après Toi, comment [pourrais-je] ne pas Te chercher!

Ton aspect paisible et doux a attiré mon âme et mon cœur, et l’âme T’a aimé et j’ai perdu Ta grâce et je la cherche depuis 44 ans et je ne la retrouve pas, mais l’âme cherche jour et nuit et désire trouver. Vous vous souvenez de la parole du Seigneur: « Je suis avec vous jusqu’à la fin des siècles. » Celui qui aime le seigneur, celui-là prie volontiers jour et nuit sans se rassasier, c’est pourquoi mon âme se souvient du Seigneur et désire vivre avec Lui. Le Seigneur ne se souvient pas de nos péchés, mais Il pardonne dans Sa miséricorde et Son amour. Ah, si les hommes avaient su quel Seigneur nous avons, alors combien tous les hommes sur la terre seraient revenus vers Lui.

Sainte montagne de l’Athos.


[i] Mot illisible ou omis par la rédactrice.

  • Russe

Май 1937. Письмо полученное мною от о. Силуана.

В отвѣт на мое письмо, гдѣ просила молить за Вѣру Вас.(ильевну) Кипарисовy и за меня.

Христос Воскресе !

Вѣра и Вѣра ! Дай Бог Вам духом Cвят.(тым) познать, что душа человѣчeская невѣста Христова, а Христос ей жених, что день и ночь будете думать о Его любви и сладости духа Христова и никогда не будете мыслить мирское, хотя и нужное купить или продать, но душа так пленина (!) женихом, что день и ночь думает об Нем. Вот какой наш Господь и Он хочет в наших душах жить, но Eго можно и потерять, по неопытности, но душа так будет по Нем скучать, день и ночь: где Ты мой (…) скрылся от души моей ! Ты видишь Господи, душа моя скучает по Тебѣ, как мне Тебя не искать ! Твой тихiй и кроткий взор привлек душу мою и мое

сердце и душа возлюбила Тебя и я потерял Твою благодать и ищу ее 44 года и не обретаю, но душа ища день и ночь и хочет найти. Я мню вы помните слова Господни: «Я с вами до скончанiя века.»

Кто любит Господа, тот молится охотно день и ночь ненасытно, ибо помнит душа Господа с Ним хочет жить. Господь не помянет нам грѣхов, но по милосердию и любви Своей простит. Ах! Как бы люди знали какой наш Господь, то все бы люди на землѣ обратились бы к Нему.

Святая Гора Афон!

  • Image

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Lettre inédite de saint Silouane de l’Athos

Père Grégoire (Kroug) : Un prophète de l’icône

  • Français
  • Russe

« Prenez, mes frères, pour modèle de souffrance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur. Voici, nous disons bienheureux ceux qui ont souffert patiemment. » (Jaques, 5, 1)

Voici quarante ans, le 12 juin 1969, le moine iconographe Grégoire s’est endormi dans la paix du Christ. Vêtu d’humilité et de douceur, sous la conduite de son père spirituel et frère bien-aimé, l’archimandrite Serge (Chévitch), il vivait dans la forêt non loin de Paris, au Skite du Saint Esprit, dans une totale discrétion, comme l’exige le renoncement propre à la vie monastique. Il n’a jamais enseigné ni la peinture ni la théologie de l’icône, comme l’a fait son ami Léonide Ouspensky. Contrairement à lui, il louait sans réserve tous les travaux qui lui étaient montrés et ne trouvait jamais rien à corriger. Mais dans sa personne et ses icônes, comme aussi dans les réflexions contenues dans les Carnets retrouvés après sa mort, s’exprime comme un complément à l’enseignement d’Ouspensky, quelque chose d’indispensable à la sauvegarde de la tradition iconographique de l’Eglise aujourd’hui : il nous apprend ce que doit être une Image Sainte.

Dans le monde qui est le nôtre, une spiritualité de l’icône, « ascétique, dogmatique et ecclésiale », s’avère indispensable à la préservation de ce que l’Eglise appelle le canon iconographique. Quel est ce canon ? L’icône du Sauveur, selon la règle 82 du Concile Quinisexte, doit manifester la gloire de Dieu dans la forme du serviteur, à travers l’humilité du Christ incarné. L’icône doit démonter que « Jésus est le Christ, le Fils de Dieu », pleinement homme et pleinement Dieu. L’Humanité doit être représentée resplendissante de la gloire de Dieu, comme Elle a brillé sur les Apôtres lors de la Transfiguration.

Le Concile ne donne aucune explication. Il suppose donc comme allant de soi que tant les peintres que les fidèles qui prient devant les icônes possèdent cette expérience du canon, en d’autres termes, l’expérience de la gloire divine, une expérience authentique de la Vraie Lumière.

Il est clair que cela ne va plus de soi. Pour que de telles icônes puissent exister aujourd’hui, aux critères dogmatiques et ecclésiaux propres à l’icône et qui ont été développés par Léonide Ouspensky dans son enseignement comme dans son ouvrage, la Théologie de l’icône, il faut encore ajouter les critères ascétiques. Bien sûr, il n’y a rien à ajouter à la doctrine ascétique de l’Eglise Orthodoxe : les préceptes des saints Pères restent pleinement valables. Mais la figure de l’ascète accompli en même temps que de l’iconographe génial que fut père Grégoire, nous permet de mieux saisirl’origine et la nature spirituelle de l’icône, ce que tout iconographe, même le plus modeste, devrait garder à l’esprit pour s’approprier véritablement les critères dogmatiques et ecclésiaux évoqués ci-dessus.

Aucun iconographe avant le père Grégoire n’a exprimé de manière aussi directe, avec une telle intensité, pureté et simplicité, le caractère apophatique de la peinture des Saintes Images, fondamentalement « non-peintes-de-main-d’homme » (Cf. par exemple fig.1). Aucun autre avant lui n’a donné à ce point la preuve tangible de la collaboration entre Dieu et l’homme, combien le travail de l’homme est appelé à « diminuer pour que croisse » le travail de Dieu (Cf. Jean, 3, 30). « Considérez comment croissent les lys des champs : ils ne travaillent ni ne filent ; cependant, je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux ! » (Matthieu, 6, 28)

Ouspensky disait : « Père Grégoire peint comme les oiseaux chantent ! ». Comment chante un oiseau ? C’est Dieu lui-même qui chante, à travers la pureté d’une créature qui ignore le péché et devient l’instrument du souffle divin ; Dieu, qui donne à sa créature si frêle d’accomplir cette œuvre redoutable : chanter Sa gloire ! Il chante gratuitement, sans souci d’être entendu, sans public, sans souci de productivité, sans préoccupation terrestre, sans inquiétude, dans la solitude, pour la joie, pour le seul amour du Créateur ! Ainsi peignait père Grégoire. Telle est la louange parfaite : la créature s’y exprime pleinement – mais Dieu seul est créateur de l’oiseau comme du chant. Pour cette raison, le chant est parfaitement adapté à l’oiseau qui ne saurait trouver meilleure expression de soi-même, expression plus personnelle, ni non plus plus parfait accomplissement de la Volonté de Dieu. Et dans Son amour, Dieu donne Sa gloire toute entière à l’oiseau, Il s’efface et disparaît derrière lui. Mais, en même temps, quelle plus puissante manifestation du Dieu caché que cet être si fragile qui remplit de joie le monde qui l’entoure ?

Ainsi, selon les paroles du père Serge, quand le père Grégoire commençait une icône, il dessinait puis couvrait la planche à toute vitesse, comme consumé par la vision de feu qu’il avait sous les yeux, avec une précision absolue, comme si un autre peignait en lui, tout entier habité et guidé par l’Esprit. Il découvrait cette vision déjà tout entière constituée en lui-même. Les couleurs s’accordaient dans sa pensée avant même d’avoir été posées. Avant de commencer, bien sûr, il priait spécialement, il étudiait longuement le sujet, lisait les textes liturgiques correspondants, comparait les icônes déjà existantes. Mais la peinture elle-même, toujours originale et inédite quoique parfaitement traditionnelle, jaillissait de son coeur sans effort.

Par la suite il travaillait longtemps, même parfois des années. Comme il le dit lui-même, il « polissait » l’icône. Mais ce travail n’avait rien de technique, c’était plutôt comme un voyage sur le cours d’une contemplation. D’un côté, il rendait plus conforme à la vision donnée ce qui, dans le premier jet, dans la force et la vitesse de l’inspiration, pouvait encore manquer de précision. Mais d’un autre côté, dans cette lenteur et cette patience, s’exprimait l’abaissement nécessaire devant ce don extraordinaire, la modestie du peintre, son obéissance, son renoncement à lui-même, son détachement vis-à-vis du don de Dieu qu’il ne cherchait pas à s’approprier. Cela donnait sa consistance à l’icône, elle s’incarnait peu à peu. Il « fignolait », non parce qu’il aurait cherché un résultat humainement ou techniquement parfait : bien au contraire, il humiliait son propre jugement devant Dieu, il adaptait concrètement sa conduite à notre infirmité. La peinture était ainsi immédiatement prière, supplication ininterrompue.

Ce travail, non d’orgueil mais d’humilité, était sa façon de « diminuer » devant le don de la Grâce, et par là même de le faire « croître » : « Quelque pureté que tu aies acquise, ne soit pas trop confiant ; mais approche-toi plutôt avec une profonde humilité et tu recevras une confiance encore plus grande » (Saint Jean Climaque, Echelle, 28,12)

Son style, qu’on pourrait dire abstrait si on le compare même à celui d’Ouspensky, lui qui par talent et par goût était le plus finement réaliste des peintres (et même un hyperréaliste – cf. figure 2, par exemple, le portrait de son père, à comparer avec sa photo, figure 2 bis), possédait ce caractère, non par choix délibéré, mais pour respecter l’inspiration initiale, donnée d’En Haut, qu’aurait dénaturée le fait de la plier à des cadres plus scolaires. Cette obéissance très particulière – ce renoncement au jugement du monde qui, en général, colorait toute sa personnalité d’une certaine folie en Christ – lui permettait de transmettre la vision telle qu’il l’avait reçue, avec un réalisme d’un autre ordre. L’icône est toujours nécessairement abstraite. Comme le disent de manière un peu paradoxale les Ecrits Aréopagitiques, seule une image inadéquate est adéquate parce que elle ne prétend pas se substituer à la réalité. Mais dans le cas de père Grégoire, il y a plus : comme le dit Ouspensky de l’icône en général, elle représente « une peinture d’après nature, mais une nature transfigurée par la Grâce ». C’est le réalisme prophétique qui rend abstraite l’iconographie de père Grégoire. Lui qui était un réaliste, sur le plan humain et par goût, devint, par réalisme spirituel, le plus abstrait des iconographes. Cette abstraction n’était pas un choix esthétique mais résultait de l’élévation de son inspiration, fruit de la hauteur atteinte par sa vie.

C’est pourquoi, il est impossible de l’imiter, comme certains malheureusement le font et produisent des caricatures. Seule peut être imitée l’icône classique qui fournit les modèles accessibles à nos facultés artistiques et spirituelles limitées. Copier une icône de père Grégoire ne peut se faire, d’une part, que si l’on se rapproche de l’intérieur de la vision qui a donné naissance à l’oeuvre, c’est-à-dire en recevant intérieurement par notre vie l’inspiration qui la porte – et non de l’extérieur, en se limitant à recopier des formes matérielles. Si cette logique n’est pas respectée, la vision n’est pas transmise ou bien se trouve totalement dénaturée. Le résultat en est privé de toute vie, à la manière d’un animal empaillé. D’autre part, cette vision intérieure peut certes nous inspirer, mais à la condition que nous nous contentions de l’exprimer avec les moyens qui sont à notre portée même si ils la réduisent inévitablement – sans chercher à atteindre ce qui nous dépasse : « Un homme ne peut recevoir que ce qui lui a été donné du Ciel » (Jean, 3,27). La vision de père Grégoire comme le talent de l’exprimer fidèlement lui ont été donnés du Ciel. Sommes nous dignes d’un tel don ?

En revanche, voici ce qui peut et doit être imité par tous : son obéissance à son père spirituel et à la volonté Divine, son ascèse, son amour inconditionnel de l’Orthodoxie, sa fidélité à l’Eglise qui était la sienne, l’Eglise Patriarcale de Russie, son humilité, son renoncement à toute satisfaction personnelle, son détachement complet à l’égard de ses œuvres, son respect pour les plus humbles. Si de telles conditions sont réunies, alors la Grâce donnera ce qu’Elle veut, en temps et en heure.

L’icône, en effet, reflète directement l’état spirituel de l’iconographe, comme le son révèle l’instrument. Son « pouvoir salvateur » dépend de la « kénose » de l’iconographe, ce dépouillement qui va jusqu’à l’être même, à l’image du Dieu incarné. Ce n’est pas seulement une attitude d’humilité, une posture devenue naturelle au terme d’une longue ascèse. C’est le chemin proposé à tout chrétien par le Christ qui s’est vidé de lui-même jusqu’à la mort sur la Croix. : « Ayez en vous-même les sentiments qui étaient en Jésus-Christ, lequel, existant en forme de Dieu, n’a point regardé Son égalité avec Dieu comme une proie à arracher, mais S’est dépouillé Lui-même (ekenôsen. Littéralement : Il s’est vidé de Lui-même), en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes ; et ayant paru comme un vrai homme, Il s’est humilié Lui-même, Se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la Croix. » (Philippiens, 2, 5-8) A l’image du Christ, cette kénose est obtenue par la patience volontaire à supporter toutes les souffrances involontaires, y compris celles qui résultent de la chute de l’homme. La Grâce s’achète avec le sang: «Donne ton sang et reçois l’Esprit », selon les paroles d’Abba Longin !

Une photo nous apporte un témoignage significatif (Cf. figure 4.) Elle nous montre tous les fidèles de l’Eglise Russe assemblés devant la porte de l’église des Trois saints Hiérarques, lors de la réunification de 1945. A cette époque, Georges Ivanovitch était novice au petit monastère de la SainteTrinité de Vanves où vivait le hiéromoine Serge.

En 1942, après des années de souffrances, de vie intense et sans règle ni protection spirituelle, devenu sujet à des apparitions effrayantes, il avait accepté l’internement dans un l’hôpital psychiatrique. Le médecin chargé de le soigner comprit vite que son état ne relevait pas d’une déficience psychique – en témoignent les dessins géniaux qu’il réalisa durant ce séjour parmi les déments (Cf. figures 5, 6, 7 et 8) mais plutôt d’un problème spirituel. En 1943, le médecin libéra Georges Ivanovitch et le confia à la direction du père Serge, cet ami fidèle devenu moine, qui l’avait visité chaque jour et en qui il avait discerné de grandes capacités spirituelles. Lorsque il devint Recteur de l’église de Vanves, le père Serge reçut Georges comme novice et le consacra exclusivement à la peinture des icônes ainsi qu’aux offices liturgiques.

Si l’on agrandit cette photo, on peut reconnaître, d’abord impperceptible, le novice Georges assis derrière Ouspensky. (Cf. 4 bis) Il suffit d’y jeter les yeux pour percevoir l’état d’obscurité, de désespoir et de souffrance affreuse, l’enfer dans lequel il se trouvait à ce moment là. Mais on peut voir aussi, en même temps, son obéissance et son reniement de soi, l’abandon à la volonté de Dieu, la « kénose » complète qui était la sienne – ici comme sous la garde et la protection de son ami Ouspensky.

Le noviciat ne fut certainement pas pour lui la première période difficile, même si l’obscurité se fit peut-être alors encore plus dense. Depuis de longues années, la souffrance était le pain quotidien du jeune homme, notamment à cause de sa compassion pour les malheureux. Mais depuis son enfance, sa très fine sensibilité spirituelle avait rendu Georges Ivanovitch psychiquement fragile. Il était né prophète, voyant de l’invisible (Cf. figure 3) et donc aussi des forces négatives « partout cherchant qui dévorer ». Il était accablé par-dessus tout par l’obscurité du péché dans laquelle il voyait et son âme et le monde. On peut mesurer l’état d’angoisse et d’extrême désespoir qui habitait Georges à cette gravure sur bois, faite à peu près à l’époque de sa conversion à l’Orthodoxie, lorsqu’il étudiait l’art à Reval (ou Tartu, entre 1925 et 1928. (Cf. figure 9). Elle représente un homme cachant son visage dans ses mains : le désespoir est si radical que les mains cachent la totalité du visage qui n’apparaît plus sur aucun côté. Ce que l’on pourrait voir du nez et du menton a été effacé par l’ombre noire, peu réaliste, qui sépare les mains. Des œuvres plus tardives, dont le sujet parait apparemment plus serein, sont encore empreintes de la même tristesse, baignées d’obscurité latente, comme arrachées à la nuit – telle, par exemple, une nature morte, peinte à l’huile à Paris, représentant des poires (Cf. figure 10).

« Tiens ton esprit en enfer et ne désespère pas » ! Ces paroles du Christ à saint Silouane s’appliquent bien à notre peintre. Après cette période de ténèbres, quelques années après avoir quitté le monde, à l’image du bon larron sur la croix, Georges connut une véritable résurrection : « En vérité, en vérité, je te le dis, aujourd’hui même tu seras avec moi dans le Paradis! » (Luc, 23, 43). En 1948, le novice reçut la tonsure monastique des mains du père Serge sous le nom de Grégoire, moine iconographe des Grottes de Kiev (Cf. figure 10 bis). On peut mesurer le renouvellement intérieur de cet homme, comme rené, sur cette photo où il figure à côté de son père spirituel, après sa tonsure monastique (Cf. figure 11). Il s’est comme élargi, ouvert, libéré. Il est revenu à la vie. Il avait alors 40 ans.

Il faut insister sur le fait que ce chemin de mort et de résurrection ne reste pas étranger à l’icône mais qu’il s’accomplit dans la peinture elle-même.

La peinture du père Grégoire ne suivait pas un cours tranquille et superficiellement impassible, coupé de sa vie spirituelle. Certes les passions de l’iconographe ne doivent en aucun cas être satisfaites dans l’icône. Mais l’iconographe peint avec tout son être, corps, âme, esprit, et tout ce qui est relatif au salut s’y voit clairement. Ainsi Ouspensky disait qu’un iconographe, dans son travail, ne peut pas cacher l’état de son âme à un regard tant soit peu exercé – à moins évidemment, comme s’est souvent le cas, à moins que l’icône ne soit tout à fait extérieure à l’iconographe et s’avère donc parfaitement insignifiante, tel un objet industriel, privé de « force salvatrice », une Transfiguration « sur commande ». Une vraie icône ne peut mentir, elle dit tout de celui qui l’a peinte. A nous de savoir si nous sommes ou non en état de peindre. Rien de plus vide que ces icônes qui cachent celui qui les peint. La technique a remplacé la vie.

Certaines icônes peintes par le père Grégoire avant la guerre sont presque noires (Cf. figure 11 bis), d’autres ont une gamme de couleurs très sombre et une tonalité triste, comme l’icône de la Sainte Trinité ou celle de saint Stéphane de Machritsa, dans l’église de Vanves, exécutées sans doute lors de son noviciat (Cf. figure 12 et 13). Sur certaines icônes de l’église des Trois Saints Docteurs, par exemple sur les visages des Anges de l’icône de la Sainte Trinité de l’ iconostase principale (Cf. figure 14.), on peut encore discerner l’état de la peinture de 1933, malgré les retouches effectuées plus tard. Bien que peintes dans une période de lutte et de souffrance, ces icônes n’en sont pas moins saintes : elles ont acheté l’Esprit avec le sang.

Puis, peu à peu, la paix venue, les couleurs se sont mises à chanter, d’abord de manière très douce et discrète, comme sur l’iconostase de la chapelle du Saint Esprit à Clamart, peinte dans les années 50 (Cf. figure 15). Puis, quand Dieu a voulu, la lumière s’est emparé du cœur tout entier et a resplendit dans la peinture, les couleurs se sont mises à éclater de joie, comme à Montgeron (Cf. figure 16) ou sur le nouvel iconostase de l’église des Trois Saints Docteurs (Cf. figure 17).

Vers la fin de sa vie, le père Grégoire fut atteint – entre autres maladies graves – d’une maladie des yeux qui lui fit perdre la vision du rouge et du vert. Il se mit alors à retoucher les icônes plus anciennes en ajoutant des rouges et des verts vifs, là où il ne les percevait plus (Cf. figure 18, par exemple, Saint Tykhon de Zadonsk, à Vanves).

Mais ce déclin sur le plan humain fut précédé d’une période très particulière. Peu à peu, insensiblement, la lumière prit de plus en plus de place et se mit à briller partout, comme à Hauteville ou sur la Descente aux Enfers du Skit du Saint Esprit.(Cf. figure 19 et 20), pour finir par ruisseler littéralement, remplaçant presque complètement les couleurs. Aux icônes aux couleurs vives, succèdent des icônes comme la Sainte Geneviève du monastère Znamenie à Marcenat, aux vêtements saturés de lumière (Cf. figure 21) ou comme le Christ en Gloire de Noisy le Grand (Cf. figure 22).

Le père Grégoire semblait alors baigner dans la lumière incréée. Il est possible de confirmer l’état qui était alors le sien à quelques expressions desCarnetsqui le trahissent. Ainsi, dans les notes consacrées à l’icône de la Transfiguration, nous lisons :

« Dans la Transfiguration, la Très Sainte Trinité s’est manifestée principalement dans la gloire de la lumière Divine incréée. En elle, tout est lumière, tout est empli de lumière et tout change d’aspect mystérieusement.

« Le sommet du Mont Thabor sur lequel le Sauveur fit monter les disciples élus, s’emplit de l’effusion de la lumière Divine, de la gloire ineffable de la Divinité. Et l’icône de la fête est tout entière emplie de cette effusion de la lumière Divine. Toute la surface de l’icône devient, pour ainsi dire réceptrice de lumière. » (p. 122.)

De telles paroles jaillissent de l’expérience qu’elles décrivent, expérience qui se prolongeait évidemment jusque dans la matérialité même de l’icône. (Cf. figure 23)

De telles icônes nous disent quel homme était père Grégoire et, en retour, père Grégoire nous dit ce que doit être l’icône, sur quoi les iconographes doivent avoir les yeux fixés pour progresser !

Comme il le dit lui-même:

« On peut appeler « icône » celle dans laquelle existe à un degré plus ou moins grand cette gloire ; celle où l’image porte le sceau de la Divine Transfiguration…Et seules les icônes qui portent le sceau de cette gloire qui ne passe pas peuvent être l’éternel levain du monde ».

Emile van Taack
Juin 2009

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Pere Grégoire Krug: portrait d’un peintre ermite

Pere Grégoire Krug: portrait d'un peintre ermite
Fête patronale à l’ermitage du Saint-Esprit au Mesnil-Saint-DenisPhotographies Daniel NaberezhnyyDiaporama 

Georges Ivanovitch Krug naquit à Saint-Pétersbourg le 5 janvier 1908. Fils d’un industriel protestant d’origine suédoise et d’une mère russe et orthodoxe, il fut élevé dans la religion luthérienne. Il passa son enfance à Narva en Esthonie où sa famille s’installa en 1921. Ses études secondaires, il les suivit dans le lycée russe de cette même ville. Là, il commença sa formation artistique en s’initiant à la technique de l’aquarelle, dans l’atelier du peintre Semionov. Ses études terminées, il entra en 1926 à l’Ecole des Arts et Métiers de Tallin dans l’atelier graphique dirigé par Reindorf. Il y réalisa une série de gravures qui furent exposées parmi les meilleurs travaux des élèves diplômés de l’Ecole. Le Musée National de Tallin remarqua son talentueux travail et acheta deux de ces eaux-fortes. C’est le thème urbain qu’il choisit à cette époque pour illustrer son oeuvre : „ville moderne aux murs sinistres, des maisons sombres, rues désertes, enserrées comme dans un labyrinthe”.

Pere Grégoire Krug: portrait d'un peintre ermite
En 1928, il passa à l’école d’art privé de Tartu, chez le professeur Glinka, souhaitant ainsi se perfectionner dans la peinture à l’huile. L’unique sujet qu’il peignit fut les habitants de la région Ondiraque.C’est en 1931, qu’il émigra à Paris où il fréquenta les membres de l’ancienne Académie Russe de peinture. Là dans le 14e arrondissement de Paris, dans un atelier impasse des Rouets, Grégoire Krug prit part à l’entreprise des jeunes artistes russes. C’est avec l’un d’eux qu’il alla travailler et vivre en étroite communion. Le célèbre peintre du „Monde de l’Art” Constantin Somov venait régulièrement les y retrouver pour y peindre des modèles. Ce fut l’occasion pour eux de bénéficier des remarques et des précieux conseils du maître. Signalons d’ailleurs que Grégoire Krug sera à plusieurs reprises, l’hôte de Somov en Normandie. Parmi les dessins de Krug qui se sont conservés, il en est plusieurs très réussis qui représentent le maître à son travail. Dans la capitale, il se rapprocha des maîtres de l’avant-garde, N. Gontcharova et M. Larionov. Ce sont eux qui le dirigèrent vers la recherche créative. De l’oeuvre de cette époque, nous retiendrons outre ses esquisses représentant la campagne normande, ses paysages urbains en particulier de la zone parisienne avec ses bicoques délabrées et ses clochards. Sur ce thème, il fit également des miniatures gravées sur carton et rehaussées de couleur. Les quelques aquarelles qui nous restent d’un vaste projet d’illustration du „Nez” de Gogol, nous paraissent encore plus étonnantes. Notons encore deux autres albums consacrés l’un à l’abbaye trappiste de Bonnecombe, l’autre aux églises de Rome.
Pere Grégoire Krug: portrait d'un peintre ermite
Son entrée dans la vie religieuse fut marquée par sa rencontre dans les années 1920 avec le Père Lev Lipiérovski lors d’un congrès de l’Action Chrétienne des Etudiants Russes à Petchory. Les discours tenus par cet homme de grande foi, interpellèrent si fortement Georges Ivanovitch qu’ils le conduisirent à embrasser l’Orthodoxie et provoquèrent dans sa vie spirituelle un radical changement. Après son arrivée à Paris, il fut parmi les plus ardents défenseurs de l’Eglise patriarcale de Moscou. Il devint alors un membre actif de la Confrérie Saint-Photius dont le rôle était de sauvegarder sur des bases canoniques et dogmatiques l’Unité de l’Eglise. En 1933, le Père Athanase, recteur de l’église des Trois Saints Docteurs, rue Pétel à Paris, le chargea de peindre une nouvelle iconostase pour l’église. Ce dernier associa à cette tâche son ami L. Ouspienski. Les deux hommes se mirent dorénavant à étudier la technique de l’icône : Georges Ivanovitch travaillera alors sous la direction de la Soeur Jeanne Reitlinger à l’Institut Saint-Serge et chez un iconographe russe Fiodorov à Clichy. Il s’installera à Vanves dans l’église de la Sainte-Trinité, où il remplit les fonctions de lecteurs de psaumes. Son temps libre, il le consacra à la peinture de l’icône. Ses créations furent particulièrement remarquées par le renouvellement des compositions et des représentations telles : la Sainte Trinité, le Sauveur Acheïropoiéte, la Mère de Dieu, la Sainte Cène, Christ Pantocrator… C’est au printemps 1948, âgé de 40 ans, que Georges Ivanovitch se fit moine et reçut le nom de Grégoire, du saint moine Grégoire isographe des Grottes de Kiev au XIIe siècle.
Pere Grégoire Krug: portrait d'un peintre ermite
Le Père Grégoire vécut 20 ans au Skit du Saint-Esprit au Mesnil-Saint-Denis, sous la protection de son père spirituel l’archimandrite Serge Schewitch. 

C’est à partir de 1950, qu’il commença les fresques de l’église. Dans la quiétude de la prière, uniquement occupé par sa peinture religieuse, il atteignit une pleine harmonie spirituelle au sein de l’église orthodoxe. Un journal français écrivit à son propos : „Près de Paris, dans les Yvelines vécut un ermite, le moine orthodoxe Grégoire Krug. Il peignit des icônes qui étaient sa prière”. Une série de graves et nombreuses maladies vinrent frapper le Père Grégoire. Celui-ci se refusa à tout traitement, respectant ainsi la volonté de Dieu et se plaça sous la protection de Sainte-Geneviève qu’il représentera très souvent dans ses fresques. Il décéda au Skit du Saint-Esprit le 12 juin 1969, où il est enterré derrière l’abside de l’église.

Pere Grégoire Krug: portrait d'un peintre ermite
De son oeuvre nous conservons de grandes compositions qu’il affectionnait particulièrement. Elles ornent les murs des églises orthodoxes de Saint-Séraphin de Sarov, rue Lecourbe à Paris, de la Paroisse des Trois Saints Docteurs rue Patel à Paris 15e, de Moisenay, de la Sainte-Trinité à Vanves, mais aussi à Clamart, à Mongeron, à Hauteville en Bretagne et de La Haye (Pays-Bas).
Pere Grégoire Krug: portrait d'un peintre ermite
Sa meilleure iconostase est celle qu’il réalisa pour la maison de retraite de Noisy-le-Grand. Mais le couronnement de son oeuvre est indiscutablement l’église du Saint-Esprit au Mesnil-Saint-Denis où le Père Grégoire fit pratiquement toute l’ornementation intérieure. Ses „Carnets d’un peintre d’icônes” ont été publiés en 1983.

Prima ediție: „Temeiurile nevoinței ortodoxe” – de Arhimandritul Sofronie Sakharov « Les fondements de l’ascèse orthodoxe », de l’Archimandrite Sophrony (Sakkharov)

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 Arhim. Sofronie – Nașterea întru împărăția cea neclătită.pdf

« Les fondements de l’ascèse orthodoxe », de l’Archimandrite Sophrony (Sakkharov)

L’article « Les fondements de l’ascèse orthodoxe », de l’Archimandrite Sophrony (Sakkharov), édités pour la première fois, en russe, par l’auteur lui-même :

« Izdanije avtora ( Donjon, Ste Geneviève-des-bois, S.-et-O.)
Copyright 1953 by the author
Dépot légal: 2ième trimestre 1953. E. 2; I. 39
Imprimerie UNION, 13, rue Méchain, Paris-XIV »

L’article fait 30 pages, les citations du grec ancien sont manuscrites.

L’article n’a jamais été ni réédité comme tel en russe ni traduit en français mais il a été intégré avec des modifications dans La félicité de connaître la voie, Genève, 1988.

Il a été traduit en grec tel quel, en revanche: Ασκησις και θεωρια, Ιερα Μονη Τιμιου Προδρομου, Εσσεξ Αγγλιας, 1996.

O scrisoare inedită a Sfântului Siluan Athonitul (Lettre inédite de saint Silouane de l’Athos) – 1937

Poza Sf. Siluan AthonitulLettre inédite de saint Silouane de l’Athos

Lorsque l’archimandrite Sophrony (Sakkharov) entreprit de rassembler la correspondance de son père spirituel, le starets Silouane, il pria tous les correspondants qu’il connaissait de lui confier les originaux tout en gardant pour eux une copie. Ainsi, presque la totalité des manuscrits des lettres de saint Silouane sont à présent en Angleterre, dans les archives du monastère de Saint Jean Baptiste par lui fondé en Essex.

Le père Serge conservait ainsi précieusement dans ses archives les copies que lui léguèrent certains des destinataires. Il faut rappeler qu’au Podvorije des Trois Saints Hiérarques, ainsi que dans les paroisses ou communautés qui en dépendaient directement, on trouvait de nombreux correspondants directs de saint Silouane: le hiéromoine Dimitri (Balfour), l’évêque Benjamin (Fedtchenkov), Nadia Soboleva (future moniale Silouane), le hiéromoine Séraphin (Rodionov, futur métropolite de Zurich), Vera Lavrova (future moniale Geneviève) et Vera Kiparissova (future moniale Anne), Vera Orlova (future mère Théodosie), Kyrill Chévitch (le futur archimandrite Serge)…

Ainsi fut retrouvée la copie de la lettre que le starets avait envoyée Vera Alexeevna Lavrova, plus tard tonsurée moniale Geneviève par le père Sophrony à Sainte Geneviève des Bois, ainsi qu’à une deuxième destinataire dont le nom était aussi Vera, Vera Vassilievna Kiparissova, devenue par la suite moniale Anne. Celle-ci fut tonsurée vraisemblablement par le père Serge et vécut à Vanves, impasse Alexandre.

Les lettres de saint Silouane sont toujours du plus haut intérêt, tant sur le plan historique que spirituel, et nous publions donc ici 1) l’image de cette copie, 2) sa transcription russe et 3) sa traduction française.

  • Français

Mai 1937. La lettre que j’ai reçue de p. Silouane.

En réponse a une lettre de moi où je lui demandais de prier pour Vera Vas. Kiparissova et pour moi.

Le Christ est ressuscité!

Vera et Vera ! Que Dieu vous donne de comprendre par l’Esprit Saint que l’âme de l’homme est la fiancée du Christ, et le Christ, son fiancé; que vous pensiez jour et nuit à Son amour et à la douceur de l’esprit du Christ et que vous ne pensiez jamais à des affaires mondaines, même si elles sont nécessaires – acheter ou vendre quelque chose, mais l’âme est si captivée par le Fiancé qu’elle pense à Lui jour et nuit. Voila comment Il est, notre Seigneur ; et Il veut habiter nos âmes ; mais nous pouvons Le perdre aussi à cause du manque d’expérience, mais l’âme languira tellement après Lui, jour et nuit : où T’es Tu caché, ô mon (…[i]), loin de mon âme !

Tu vois, Seigneur, que mon âme languit après Toi, comment [pourrais-je] ne pas Te chercher!

Ton aspect paisible et doux a attiré mon âme et mon cœur, et l’âme T’a aimé et j’ai perdu Ta grâce et je la cherche depuis 44 ans et je ne la retrouve pas, mais l’âme cherche jour et nuit et désire trouver. Vous vous souvenez de la parole du Seigneur: « Je suis avec vous jusqu’à la fin des siècles. » Celui qui aime le seigneur, celui-là prie volontiers jour et nuit sans se rassasier, c’est pourquoi mon âme se souvient du Seigneur et désire vivre avec Lui. Le Seigneur ne se souvient pas de nos péchés, mais Il pardonne dans Sa miséricorde et Son amour. Ah, si les hommes avaient su quel Seigneur nous avons, alors combien tous les hommes sur la terre seraient revenus vers Lui.

Sainte montagne de l’Athos.


[i] Mot illisible ou omis par la rédactrice.

  • Russe

Май 1937. Письмо полученное мною от о. Силуана.

В отвѣт на мое письмо, гдѣ просила молить за Вѣру Вас.(ильевну) Кипарисовy и за меня.

Христос Воскресе !

Вѣра и Вѣра ! Дай Бог Вам духом Cвят.(тым) познать, что душа человѣчeская невѣста Христова, а Христос ей жених, что день и ночь будете думать о Его любви и сладости духа Христова и никогда не будете мыслить мирское, хотя и нужное купить или продать, но душа так пленина (!) женихом, что день и ночь думает об Нем. Вот какой наш Господь и Он хочет в наших душах жить, но Eго можно и потерять, по неопытности, но душа так будет по Нем скучать, день и ночь: где Ты мой (…) скрылся от души моей ! Ты видишь Господи, душа моя скучает по Тебѣ, как мне Тебя не искать ! Твой тихiй и кроткий взор привлек душу мою и мое

сердце и душа возлюбила Тебя и я потерял Твою благодать и ищу ее 44 года и не обретаю, но душа ища день и ночь и хочет найти. Я мню вы помните слова Господни: «Я с вами до скончанiя века.»

Кто любит Господа, тот молится охотно день и ночь ненасытно, ибо помнит душа Господа с Ним хочет жить. Господь не помянет нам грѣхов, но по милосердию и любви Своей простит. Ах! Как бы люди знали какой наш Господь, то все бы люди на землѣ обратились бы к Нему.

Святая Гора Афон!

  • Image

Arhimandritul Melchisedec Ungureanu – Părintele Dionisie – chipul smerit al nevoitorului contemporan

 

Arhimandritul Melchisedec Ungureanu – Părintele Dionisie – chipul smerit al nevoitorului contemporan. Fragment din Simpoziunul Internațional „Întâlnirea cu Duhovnicul – Părintele Dionisie de la Colciu (1909 – 2014)”. Evenimentul a avut loc în perioada 11-13 noiembrie 2015 la Iași și la Mănăstirea Neamț.

http://www.doxologia.ro/parinti-duhovnicesti/arhimandritul-melchisedec-ungureanu-parintele-dionisie-chipul-smerit-al

Poze Lupșa (doxologia.ro)

Mănăstirea Lupșa din județul Alba.

Foto: Oana Nechifor

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Slujiri arhiereşti la praznicul Înălțării Sfintei Cruci

Slujiri arhiereşti la praznicul Înălțării Sfintei Cruci

Mai multe locaşuri de cult din Transilvania şi-au sărbătorit hramul la praznicul Înălțării Sfintei Cruci. De asemenea, la această sărbătoare au avut loc şi numeroase pelerinaje către mănăstiri, prilej de îmbogăţire sufletească şi de împărtăşire a bucuriei participării la Sfânta Liturghie pentru miile de pelerini.

La hramul Mănăstirii „Înălţarea Sfintei Cruci” din localitatea Lupșa, judeţul Alba, Înaltpreasfinţitul Laurenţiu, Arhiepiscopul Sibiului şi Mitropolitul Ardealului, a slujit Sfânta Liturghie în sobor arhieresc alături de Înaltpreasfinţitul Irineu, Arhiepiscopul Alba Iuliei, şi de Înaltpreasfinţitul Calinic, Arhiepiscop al Argeşului şi Muscelului. Prezenţa ierarhilor în acest loc binecuvântat și plin de istorie, ocrotit de Dumnezeu și îndrăgit de oameni, a constituit un prilej de aleasă bucurie duhovnicească pentru credincioşii veniţi în număr mare pentru a petrece ziua de sărbătoare în rugăciune, pace şi linişte.
În cuvântul său, IPS Mitropolit Laurențiu a prezentat din punct de vedere dogmatic învățătura despre Sfânta Cruce și a explicat în detaliu cum putem beneficia de darurile și de puterea Crucii Domnului, prin însemnarea corectă și evlavioasă cu semnul Sfintei Cruci. IPS Arhiepiscop Irineu i-a îndemnat pe închinătorii prezenți să privească spre Cruce cu credință și cu speranță. În Sfânta Cruce, spunea ierarhul, găsim absolut totul: iertarea lui Dumnezeu pentru vina noastră, curățenia lui Dumnezeu pentru întinăciunea noastră, puterea și curajul lui Dumnezeu pentru slăbiciunea și frica noastră, dar și iubirea, pacea și biruința Domnului pentru răutatea, tulburarea și înfrângerea noastră. IPS Arhiepiscop Calinic, un iubitor declarat al Munților Apuseni și al moților, a vorbit despre crucea ardelenilor în decursul istoriei, oameni dârji, care nu s-au lăsat striviți de cei de alt neam sau de altă credință. Bucuria zilei a fost înmulțită de prezența la Mănăstirea Lupșa a raclei ce adăpostește capul Sfântului Ierarh Andrei Șaguna, adusă spre închinare de către IPS Părinte Mitropolit Laurențiu. Cinstitele moaște au fost întâmpinate cu evlavie de către viețuitorii mănăstirii, de preoți și credincioși, care și-au arătat în acest fel prețuirea față de marele Ierarh ce și-a închinat viața progresului spiritual și cultural al poporului român. Mitropolitul Ardealului a dăruit secularei mănăstirii de pe Valea Arieșului o părticică din moaștele Sfântului Andrei Șaguna, acestea îm­bogățind de acum înainte zestrea spirituală a vetrei monahale aflate sub oblăduirea stareţului arhimandrit Melchisedec Ungureanu.
Situată pe şoseaua Abrud-Câmpeni-Turda, Mănăstirea Lupşa este una dintre cele mai vechi aşezăminte călugărești din zonă. Fiind întemeiată de călugării ce sihăstreau în Ţara Moţilor, a avut de la început un mare rol duhovnicesc pentru satele din apropiere. Monahii duceau o viaţă isihastă, în post şi rugăciune, în strânsă legătură cu Mănăstirea Peri, din nordul Maramureşului, dar şi cu mănăstirile din Moldova, de unde aduceau cărţi de cult. Biserica de lemn a sihăstriei Lupşa datează din anul 1429, fiind ctitorită de cunoscutul boier Stanislav, din familia cneazului Cândea de la Lupşa. Noua biserică a mănăstirii are două hramuri: „Adormirea Maicii Domnului” şi „Sfântul Siluan Athonitul”.

Cea mai veche biserică de lemn din Transilvania se află la mănăstirea Lupșa, din Apuseni

Cea mai veche biserică de lemn din Transilvania, ctitorită la 1429, se află într-un sat din Munții Apuseni, fiind unul din cele două lăcașe de cult ale mănăstirii Lupșa, așezământ monahal care își serbează hramul duminică, de Înălțarea Sfintei Cruci.015d3-dsc_7288

La această sărbătoare sunt așteptați duminică la Lupșa, localitate situată între Cîmpeni și Turda, pe Valea Arieșului, un număr mare de pelerini, Sfânta Liturghie urmând să fie oficiată de către arhiepiscopul ortodox de Alba Iulia, ÎPS Irineu.

Construită din lemn tare de stejar, având formă de navă, biserica a fost ctitorită de boierul Stanislav, din familia cneazului Cândea de Lupșa, și are, din 2009, hramul „Sfântul Ierarh Nicolae”. Ea este menționată în Sematismul de la Blaj ca fiind ridicată în 1429. Biserica a fost întemeiată de călugării care sihăstreau în Apuseni, aflați în strânsă legătură cu mănăstirea Peri din Maramureș, precum și cu mănăstiri din Bucovina, de unde proveneau multe din cărțile de slujbă.

Starețul mănăstirii, Melchisedec Ungureanu, afirmă, în monografia dedicată așezământului, că viața monahală exista la Lupșa încă înainte de 1429.

Biserica de lemn, în care trebuie să te apleci pentru a putea intra, și-a pierdut în 1694 bolta semicirculară în favoarea unui tavan casetat de inspirație calvină. De sorginte renascentistă, tavanul este pictat cu motive vegetale și geometrice. În Sfântul Altar sunt pictate luna și soarele, împreună cu cu o inscripție în limba latină.

Tot în 1694 au fost distruse vechea pictură și icoanele catapeteasmei. Actualele icoane au fost realizate de meșteri din Țara Românească, fără a se cunoaște numele autorilor.

Aflată pe lista bisericilor care urmau să fie distruse, în toamna lui 1772, de către generalul Bukow, lăcașul de lemn a fost salvat ca urmare a intervenției episcopului greco-catolic Petru Pavel Aron. Născut într-un sat din apropiere, episcopul de la Blaj l-a rugat, printr-o scrisoare, pe Bukow, să nu o distrugă, numind-o ‘per antiquum Monasterium’. Distrugător a peste 150 de mănăstiri și schituri din Transilvania, Bukow a cruțat biserica de lemn de la Lupșa, dar a dărâmat chiliile.

În 1810, bisericii i s-au adăugat pronaosul și turla cu clopot.

Din cauza presiunilor antiortodoxe, mănăstirea, unde funcționa și o școală primară, a fost desființată în jurul anului 1820, iar călugării au fost alungați de către autoritățile habsburgice. În 1832 este transformată în biserică de parohie, fiind folosită de către greco-catolici până în 1948.

În 1959, comuniștii au confiscat terenurile mănăstirii.

Din 1948 până în 1992 a fost lăcaș de cult și a aparținut de parohia ortodoxă din localitate. În timpul episcopului Emilian Birdaș, biserica a fost cuprinsă într-un amplu program de restaurare derulat între 1975 și 1978. Biserica este resfințită în 1980, prilej cu care se stabilește ca mănăstirea să aibă ca hram ‘Înălțarea Sfintei Cruci’. Așezământul monahal este reînființat în 1991, la solicitarea credincioșilor.

În anii din urmă au fost construite trapeza, o bucătărie, chilii și stăreția.

Tot după 1990 biserica a fost, din nou, renovată, iar timp de 12 ani pe o frescă exterioară din spatele lăcașului de cult au putut fi văzuți pictați ofițeri naziști și comuniști ce purtau steaguri cu zvastică, respectiv cu secera și ciocanul, așteptând „Judecata de Apoi”, alături de otomani.

Mănăstirea de la Lupșa deține, în biserica cea nouă, un fragment din lemnul Sfintei Cruci, oferit de mănăstirea Vatopedu, de la Muntele Athos, și o părticică din moaștele Sfântului Siluan Athonitul. De asemenea, tot de la Vatopedu a fost primită o copie după icoana făcătoare de minuni Maica Domnului Mângâietoarea ‘Paramythia’. De altfel, călugării de la Lupșa, unde se fac rugăciuni după rânduiala athonită, merg regulat în pelerinaj la Vatopedu și la mănăstirea Essex din Anglia.

În Lupșa se află și cea mai veche biserică de piatră din Apuseni, monument istoric, ridicată în 1421.

AGERPRES/ (AS — autor: Marinela Brumar, editor: Mihai Simionescu)

Sursa.